Les croix de Saint-Christol à Entre-Vignes

L'originalité du village de Saint-Christol est d'avoir été du milieu du 12ème siècle jusqu'en 1792 une « enclave » administrée par un ordre religieux à vocation humanitaire : l'ordre des Chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem, devenu par la suite l'ordre des Chevaliers de Rhodes et enfin l'ordre des Chevaliers de Malte (existant encore de nos jours sous forme d'ONG)
Cette enclave était entourée de puissances féodales liées aux Comtes de Toulouse ou ecclésiastiques liées à l'Evêché de Maguelone : au Sud, la Baronnie des seigneurs de Lunel ; à l'Est, les Comtes d'Anduze (possédant Sommières) ; au Nord et à l'Ouest, les possessions des Comtes de Melgueil (Mauguio) et des évêques de Maguelone
Dès 1149 est mentionné l'existence d'un « hospital » placé sous la protection de Saint-Christophe (Sanctus Christoforus), géré par des frères hospitaliers, lieu d'accueil des voyageurs, des pèlerins en route vers Saint Gilles du Gard, Saint Jacques de Compostelle ou Rome et aussi espace de transhumance des troupeaux de la Camargue aux Cévennes
Par suite de divers dons et legs au bénéfice des frères hospitaliers, l'ordre créa à Saint-Christol une Commanderie dépendant du Prieur de Saint-Gilles et possédant des terres et des bois sur le territoire qui allait devenir Aigues-Mortes
Sur ces terres était dèjà construite une tour, certains pensent qu'il s'agissait de la Tour de Constance, tour de protection contre les pirates que les chevaliers pouvaient voir depuis Saint-Christol...


Au cours des âges, les habitants ont jalonné leur territoire de croix d’architectures diverses ; croix en pierre ciselées et croix métalliques sont autant de témoignages de leur foi mais aussi des symboles d’événements marquants, les dates précises de leurs édifications ne sont pas toujours connues, certaines sont récentes, d’autres non, il est possible que certaines aient été reconstruites à la place de croix détruites ou dégradées
Notre balade nous emmène à la découverte de certaines de ces croix...
Barraïé est un taureau cocardier de race camarguaise élevé au sein de la manade Lafont à saint-Nazaire-de-Pézan
Sa carrière a commencé en 1985 et s'est terminée par une dernière course à Nîmes le 23 mai 1993
Il a reçu en particulier le cocardier d'or, les palmes d'or et de nombreuses autres récompenses, en particulier le Biòu d'Or en 1988, 1989 et 1992, ainsi que le Biòu d'Or des Biòus d'or
Le Biòu d'Or, trophée taurin créé en 1952 pour récompenser le meilleur cocardier de la saison, est attribué par le vote d'un jury composé des 25 membres du Trophée taurin, du vainqueur du Trophée des As de l’année précédente et du président des raseteurs
La statue représente l'animal dans sa position d'anticipation lorsqu'il affrontait l'homme en blanc (le raseteur) dans les arènes
Et juste après, un puits dit "de la baragogne" : pas d'eau courante ni de robinet à l'époque, il fallait aller chercher l'eau au puits, le plus souvent communal et les puits étaient très nombreux dans la commune : plus d'une centaine chez les particuliers et trois dans la commune, dont ce puits de la Baragogne
Dans le département de l'Hérault, et c'est une spécificité locale, de nombreuses communes possèdent leur animal totémique : le Tamaron de Vendargues, le Poulain de Pézenas, la Chèvre de Montagnac, le Bœuf de Mèze…
Et à Saint-Christol, la bien connue Baragogne !
Généralement de sortie lors d'événements culturels ou fêtes votives, ces bestioles au physique surprenant sont souvent accompagnées d'une légende :
La Baragogne était une bête écailleuse et verdâtre à l'odeur nauséabonde et à la grande gueule rouge, elle vivait dans un puits où les saint-christolaines allaient remplir leurs oules et les saint-christolains leur pichet d'eau pour colorer le pastis
La plupart du temps, elles se tenait tranquille, la gueule fermée et les yeux clos, mais quand un enfant n'était pas sage, que ni punitions ni sermons ni fessées n'avaient pu le corriger, elle ouvrait ses paupières vertes, elle grimpait hors du puits et là, elle ouvrait son immense gueule rouge tapissée de dents jaunes puis se laissait retomber sur le méchant enfant et l'emportait au fond du puits pour le dévorer à son aise
Tous les enfants avaient peur de la Baragogne, sauf un, qu'on l'appelait Calandras
Il était vraiment méchant et volait en ricanant les œufs dans les poulaillers, coupait les raisins avant qu'ils soient mûrs et montrait son derrière aux vieilles qui sortaient de l'église
Son frère jumeau, qu'on disait le Bravet tellement il était gentil et serviable, était aimé de tous, et même des taureaux sauvages et noirs qui ne le chargeaient pas et venaient manger dans sa main
Mais il aimait son frère Calandras et il vivait dans la peur que la Baragogne ne l'emporte au fond du puits pour le dévorer
Ce qui arriva un jour et n'étonna personne
Quand Bravet appris la nouvelle en revenant de la vigne où il avait travaillé toute la journée, il se précipita vers le puits, se pencha sur la margelle et appela la Baragogne pour lui faire une proposition : emmener un autre enfant dix fois plus gros et cent fois plus méchant contre la liberté de son frère
La Baragogne ayant accepté et relâché Calendras, Bravet fit s'avancer un énorme enfant, presque aussi grand que le clocher de l'église, ses vêtements étaient tellement serrés qu'ils semblaient prêts à éclater, il avait un chapeau enfoncé très bas et on ne voyait pas son visage, et il avait une drôle de façon de marcher, comme s'il avait quatre pattes au lieu de deux jambes
La Baragogne ouvrit sa large gueule rouge et la referma sur l'enfant gras
Et le recracha aussitôt : "Aïe ! Aïe ! Aïe ! Hurla-t-elle. Ce n'est qu'un mannequin !"
Et elle se mit à cracher comme des pépins toutes les souches dont il était fait en hurlant : "Tu m'as trompé, mais avant que je ne te dévore, dis-moi comment tu as fait ?
- On m'a aidé ! Dit Bravet
- Qui ? Éructa la Baragogne
- Lui ! Dit Bravet en montrant un taureau noir qui grattait le sol de la place et qui, d'un coup, fonça sur la Baragogne, la fit virevolter sur ses cornes et la précipita dans le puits où elle disparut
Il y eut des éclairs et de la fumée et quand elle se dissipa Bravet s'aperçut que le puits s'était refermé et qu'il avait disparu...
En face, dans un jardin privé, nous remarquons un calvaire, c'est la Croix de Constantin : Constantin Ier, né le 27 février 272, a été proclamé empereur de la Rome antique en 306
En 313, par l'édit de Milan, il décide d'appliquer une politique de tolérance religieuse et met ainsi fin à la politique de persécutions de ses prédécesseurs et autorise les chrétiens à pratiquer librement leur religion, qui deviendra la sienne à la fin de sa vie en 337
Sa devise est inscrite sur la croix « In hoc signo vinces » : « Grâce à ce signe (de croix) tu seras vainqueur »
Au fond de cette place, nous remarquons une grande croix posée sur un piédestal en pierre assez imposant, c'est la croix de la Place du Christ, qui était précédemment en bois et qui est située sur un ancien cimetière près de l’ancienne église, qui a été désaffectée en 1872 et remplacée par l'actuelle
Dans l'angle de l'avenue Boutonnet et de le chemin des Cigales, nous remarquons un square et un calvaire surmonté une croix, c'est la Croix du Marché : les saint-christolains passaient devant cette croix pour se rendre au marché de Sommières chaque samedi matin ou lors des grandes foires de la Saint-Michel ou des Rameaux
Alors que nous cheminons sur cette petite rue, au bout de 270 mètres, nous remarquons sur notre gauche un nouveau calvaire surmonté d'une croix, c'est la croix de l’Abbé Gavanon : suite à la séparation de l’Eglise et de l’Etat en 1905, l’abbé Gavanon se barricade dans l’église, le commissaire fait les 3 sommations réglementaires et commande à deux voyous de s’acharner contre la porte, l’agent du fisc peut enfin y pénétrer
Cette croix rend hommage à l’Abbé, mais elle a malheureusement été détruite accidentellement tout récemment
300 mètres plus loin, nous remarquons sur notre droite un nouveau calvaire surmonté d'une croix très "spéciale", une croix de Malte : c'est croix pattée à quatre branches et à huit pointes, insigne de l’ordre de Malte
Saint-Christol a été une commanderie de l’ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, la croix initiale a été détruite par la foudre et restaurée en 1843 par Louis Nourrit, chevalier de l’ordre de Malte
Qu'est-ce que l'Ordre de Malte ?
L’Ordre Militaire et Hospitalier de Saint-Jean a été fondé à Malte en 1050, quand un groupe d’hommes créa un hôpital pour y accueillir les pèlerins qui arrivaient chaque année à la Terre Sainte
Lorsque ces chevaliers eurent la bénédiction du Pape afin de mener à bien leur travail hospitalier, leur expansion et leur croissance commencèrent, ils fondèrent des hôpitaux dans diverses villes et mirent en place un ordre fondé sur une hiérarchie et sur d'importantes valeurs militaires
Quasiment 1 000 ans plus tard, l’Ordre de Malte est l’une des plus anciens organismes caritatifs au monde, reconnu d’utilité publique il œuvre en France (par l'intermédiaire de 13 000 bénévoles) ainsi que dans 36 autres pays pour accompagner toutes les personnes en situation de fragilité et de précarité
La végétation est bien présente, nous sommes entourés de multitudes d'Ophrys bécasse, de glaïeuls des moissons, des genêts... et de coquelicots, dont certains sont roses pales
Ce sont des coquelicots "rose fleur goutte" (le rouge est un coquelicot "fleur de sang") symboles de sérénité
Il est particulièrement amusant de s’intéresser à l’origine étymologique du mot “coquelicot” : la fleur tire son nom du coq car ses pétales d’un rouge vif évoquent la couleur de la crête du roi de la basse-cour ; dès le 14ème siècle, des variations telles que "coquerico", "coquerycoq" ou "coquelicoq" étaient utilisées pour imiter le cri de cet animal, l’évolution vers la terminaison en « -ot » s’est produite par analogie avec des termes comme asticot, escargot ou bourricot (l'âne)
Comme d'habitude, nous sommes sensibles aux multiples fleurs rencontrées et en particulier :
50 mètres plus loin, nous remarquons sur notre gauche un calvaire surmonté d'une croix, la Croix de la Coste qui culmine à 88 mètres d'altitude, la vue y est magnifique, du Mont-Lozère jusqu'à l’étang de l’Or et la Méditerranée
Si on y voit le Mont Ventoux, c’est qu’il va pleuvoir !
Cette croix a été récemment restaurée par Luc et Elisabeth Moynier, les propriétaires du domaine viticole
Nous voyons très bien (avec des jumelles) les pyramides de La Grande Motte, les tas blancs de sel des Salins d'Aigues-Mortes, ainsi que les remparts et la Tour de Constance, cette protection contre les pirates que les chevaliers pouvaient voir, comme indiqué en introduction
Car à l'époque, les départements n'existaient pas et toute une bande désormais gardoise était sur le territoire "héraultais"
En 1789, un vent de liberté et de renouveau souffle sur le vieux Royaume de France : l’inégalité sociale est criante et l’inégalité entre les territoires l’est tout autant, la France est un imbroglio de provinces aux dimensions disparates souvent ponctuées d’enclaves, les territoires des juridictions sont dans le même désordre et chevauchent parfois les limites provinciales
La toute jeune Assemblée Nationale décrète une division plus égalitaire du pays et le découpage en départements a été adopté le 17 février 1790
Si les révolutionnaires se sont posés la question de mettre le Grau du Roi dans l'Hérault, tout simplement parce qu'il y avait une logique territoriale, mais il a finalement été décidé de laisser un accès à la mer au département du Gard car à cette époque le commerce maritime était très important
Une page d’histoire veut qu'un échange de cantons aurait eu lieu entre l’Hérault et le Gard, le premier accordant au second le canton d’Aigues-Mortes en le troquant avec le canton de Ganges, mais c'est totalement faux, le Gard ne pouvant pas échanger ce canton qui n’a jamais fait partie de son territoire, en effet, avant 1790, Ganges appartenait à la sénéchaussée (juridiction) de Montpellier et à son diocèse
Mais certains événements ont par la suite voulu changer cela : en 1830, quarante ans après la création des départements, Ganges a voulu devenir gardois, estimant être plus proche du Vigan que de Montpellier, et en 2020, une étude estimait que Le Grau du Roi avait sa place dans l'Hérault, déja au point de vue économique avec la création des très proches stations balnéaires de La Grande Motte et de Port Camargue, mais aussi parce qu' en terme de consommation et de loisirs, les graulens viennent plus à Montpellier qu'à Nîmes... Mais au niveau culturel, ils se sentent plus camarguais qu'héraultais !
Pour des raisons évidentes de sécurité routière, le Code de la route prévoit, depuis 1977, l’aménagement de pistes cyclables réservées à la circulation des cyclistes, mais est-ce que nous pouvons les emprunter en tant que piétons ?
« Non » dit le code de la route (article R110-2) car elles sont exclusivement réservées aux cyclistes
Toutefois, rajoute le même code de la route (article R412-35) les piétons peuvent être autorisés à circuler sur une piste cyclable «lorsqu’il ne leur est pas possible d’utiliser les aménagements qui leur sont réservés ou en l’absence de ceux-ci »
La Sécurité routière précise que si un piéton est amené à circuler sur une piste cyclable, les cyclistes sont prioritaires
Il est également précisé que les piétons doivent circuler dans le même sens que les cyclistes, cependant ne serait-il pas logique de marcher en sens contraire de la circulation des vélos, déjà pour les voir arriver, mais aussi pour leur assurer une bonne visibilité ?
Concernant les voies vertes, elles sont réservées à tous les déplacements non motorisés, donc également aux piétons…

Une très agréable balade familiale variée d'environ 7.70 kilomètres très sympa car très calme, avec à plusieurs reprises des très jolis points de vue, et sur des cheminements aisés (sauf après le domaine viticole une partie de quelques dizaines de mètres assez pierreuse)
En plus, elle ne comporte pas de dénivellement particulier
Attention : cette balade que nous vous proposons est le résultat de nos reconnaissances mais elle est aussi quasiment totalement balisée, merci aux équipes de la communauté des communes d'Entre-Vignes pour le travail réalisé